Lu ailleurs /// A Pau : le maître de poste bibliophile

Article de Frédéric Barbier sur l'exposition 600 ans d'histoire du livre à Pau
La ville de Pau, ancienne capitale du Béarn, possède une bibliothèque municipale à la tradition particulièrement riche. Elle la «valorise» (selon la novlangue du XXIe siècle) en organisant, du 16 janvier au 19 mars 2014, une exposition consacrée à 600 ans d’histoire et d’art du livre.

Le livret imprimé à l’occasion de cette exposition est un modèle de mise en pages et d’élégance typographique. L’illustration en est tout particulièrement choisie, et soignée.
C’est en 1737 que l’Académie de Pau, pour la première fois, soumet aux Etats de Béarn un projet en vue de fonder une bibliothèque «publique», mais celui-ci n’est pas reçu. La première bibliothèque accessible au public date de 1744, quand l’abbé de Béségua, professeur de droit à l’Université, lègue à l’Académie sa propre bibliothèque, à condition de la rendre accessible. De manière plus classique, l’avenir de la bibliothèque de Pau s’inscrira dans la tradition de la Révolution: après nombre d’errements, les collections sont réunies d’abord à l’Ecole centrale (ancien collège jésuite), puis aux Cordeliers. Rappelons simplement ici que ces collections s’accroissent beaucoup au XIXe siècle, notamment par suite de la suppression de la bibliothèque du Palais de Pau, et de son reversement à la bibliothèque de la ville. Parmi les volumes, la magnifique collection André Manescau (1791-1875).
L’exposition offre ainsi l’opportunité de revenir sur la trajectoire d’une figure presque balzacienne. L’histoire de la famille Manescau est en effet très remarquable: l’activité traditionnelle est celle de maréchal-ferrand (comme l'indiquerait l’étymologie  du nom), quand deux frères réussissent en 1769 à obtenir la charge de maîtres de poste à Pau lorsque celle-ci est créée. Le relais, établi à l’intersection des routes de Bordeaux et de Paris, de Toulouse, d’Espagne et des différentes vallées pyrénéennes, se développe rapidement. A la génération suivante, Jean Manescau prend la suite de l’affaire, puis son fils, André, lequel a d’abord fait, comme il se doit dans cette bourgeoisie en voie d'ascension rapide, des études de droit, avant de s'inscrire comme avocat à Pau en 1812.

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