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Franz Schrader et les Pyrénées

Edouard-Alfred Martel écrira qu’elle révéla deux choses, “la splendeur fantastique du revers espagnol du Mont-Perdu, et l’existence d’un topographe de premier rang, éclatant en un coup de maître”(3).

Qui est ce jeune génie, autodidacte de surcroît ? Par son père d’origine prussienne, Franz Schrader (1844-1824) appartient à la colonie germanique fixée à Bordeaux pour le négoce du vin, et plus largement à la communauté protestante. Sa grand-mère maternelle est la sœur du pasteur Jacques Reclus dont le fils, Elisée, de 14 ans son aîné, est cousin de sa mère. Réfractaire aux études mais doué dans tout ce qu’il entreprend, qu’il s’agisse de fabriquer de ses mains, de pratiquer les arts, d’apprendre les sciences ou d’écrire, il est curieux de tout et bénéficie d’amitiés constructives. Lorsqu’il découvre, un matin d’août 1866, à l’orée d’un ciel limpide, l’ineffable vue sur les Pyrénées, c’est le coup de foudre. Ce spectacle le hantera durablement. Une première aquarelle scelle alors son destin à celui de la montagne, dont le motif hantera ses écrits.

«D’où vient l’émotion qui nous saisit à la première vue lointaine d’une chaîne montagneuse ? Ce linéament d’un bleu pâle, ponctué de blanc pur, à peine différent d’un nuage, pourquoi produit-il sur nous une impression si particulière ? Souvent les illusions prennent l’aspect de la réalité ; ici, c’est l’inverse : la réalité prend l’aspect de l’illusion. Fondue dans le bleu du ciel, presqu’invisible à force de pâleur, c’est la dentelure des Pyrénées […].(4)

De 1868 à 1874, les premières explorations s’enchaînent pour se resserrer autour d’une montagne, celle de Gavarnie et du Mont-Perdu. Elles amèneront Schrader et ses amis, les frères Lourde-Rocheblave, à la conception de l’orographe, ingénieuse machine à dessiner le relief des terrains complexes grâce à laquelle Schrader parviendra à la carte de 1874. Elle sera aussi décisive pour son avenir de topographe, géographe et… de peintre des montagnes, dont la conférence illustrée développera les parcours mêlés.

Vers la fin de sa vie, une dernière exploration le ramenant sur le revers espagnol en 1913 le confronte aux dégradations subies par la vallée d’Ordesa au pied du Mont-Perdu : « Il a donc suffi que les hommes viennent un peu plus nombreux admirer la nature vierge, pour qu’immédiatement la destruction, le ravage, la hideuse “mise en valeur”, c’est-à-dire la ruine y pénètre avec eux ? » (5). Aussi interviendra-t-il en faveur de la création du Parc national d’Ordesa prononcée, en 1920, par Alphonse XIII – aujourd’hui patrimoine mondial Unesco, et défendra-t-il un projet de parc national dans les Pyrénées françaises en 1923 lors du Premier congrès international pour la Protection de la nature.
Par ses prises de position hostiles à l’escalade technologique et à l’artificialisation des modes de production, Schrader est un précurseur de la pensée écologique et les termes de la citation qui concluent cette présentation ressemblent étrangement à ceux que formulera, outre-Atlantique, en 1948, Aldo Léopold (6).
“Si l’homme veut recevoir de la Terre tous les trésors qu’il peut en attendre, il ne suffit pas de la prendre pour logeuse ou pour nourrice : il la lui faut épouser” (7).

La conférence a eu lieu le 18 octobre 2012 à la Médiathèque André Labarrère, Pau.

2 - Initialement publiée en 1874 dans les Mémoires de la Société de Sciences physiques et naturelles de Bordeaux, puis rééditée assortie d’une longue notice explicative en 1875 chez Gauthier-Villars à Paris.
3 - Cité in Franz Schrader, Pyrénées, tome 1 “Courses et ascensions” (1936), rééd. Privat-Slatkine, Toulouse-Genève, 1982, p. XX.
4 - F. Schrader, Conférence donnée le 25 novembre 1897, «A quoi tient la beauté des montagnes», in F. Schrader, Pyrénées, Toulouse, Privat, et Didier, Paris, 1936, tome 2, pp. 1-19 ; Rééd. Ed.du Pin à Crochets, Pau, 1998, et plus récemment : aux éditions Isolato, avec lecture de Joël Cornuault.
5 - Op. cit., note 3, p. 349.
6 -  Aldo Leopold, Almanach d’un comté des sables [1949], Garnier-Flammarion, 2002, trad. Ana Gibson, p. 14 : « Nous abusons de la terre parce que nous la considérons comme une commodité qui nous appartient. Si nous la considérons au contraire comme une communauté à laquelle nous appartenons, nous pouvons commencer à l’utiliser avec amour et respect. Il n’y a pas d’autres moyens si nous voulons que la terre survive à l’impact de l’homme mécanisé, et si nous voulons engranger la moisson esthétique qu’elle est capable d’offrir à la culture.»
7 -  La Montagne, Avril 1913, pp. 203-204.

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