Traits Portraits

Henri IVExposition virtuelle : Comment l'iconographie véhicule la légende au cours des siècles
Lorsque Henri IV est assassiné le 14 mai 1610, il est un souverain  respecté, un roi qui, en vingt-et-un ans de règne, a réussi à imposer son autorité dans un royaume ruiné par la guerre et menacé d'éclatement suite à la déliquescence du pouvoir royal au temps des derniers Valois.

LIEN VERS L'EXPOSITION

Pour ce Bourbon, premier de lignée, pour ce protestant devenu catholique, pour cet homme neuf venu dont on ne sait où, il était impératif de se forger une image de gouvernant, de politique, non pour se légitimer (son accession au trône est absolument fondée), mais tout simplement pour exister et pouvoir mettre en œuvre sa politique: quand Henri de Bourbon accède au trône de France en 1589, il est un roi sans royaume (Paris lui ferme ses portes) et sans couronne !
Pour rassembler autour de lui, pour ne pas être l'homme d'un clan (qui serait celui des protestants, ce qui serait oublier les efforts de conciliation du personnage), Henri IV va utiliser un moyen moderne de communication : l'imprimerie. Réduire son "déficit d'image" (comprendre : s'imposer et imposer sa politique sans contestation), pour Henri IV cela passe par le "faire savoir" : l'imprimerie va permettre de propager rapidement les bonnes nouvelles dans le royaume (propager... propagande).
Entrée du roi dans Paris ? Vite, vite, des estampes sont commandées aux graveurs chargés de relater cet événement, gravures qui sont envoyées aux quatre coins du royaume : pas besoin de mots (le peuple ne sait pas lire) mais une image bien significative, ne laissant place à aucun doute. Le résultat ne se fait pas attendre : là où les villes maintenaient encore au roi leurs portes fermées, la rébellion cesse. Victoire. Le roi tient son royaume mais cinq ans se seront passés !
A contrario, le roi tait son abjuration (pourquoi attiser les rancoeurs)... L'édit de Nantes ? Là aussi, ce qui sera perçu par la suite comme un acte majeur du règne d'Henri IV est sur l'instant considéré comme compliqué à mettre en avant car trop incertain dans  son résultat. Assurément, Henri IV est le premier roi à utiliser l'imprimerie à son service, à des fins de communication. De cette modernité affichée viendra en partie sa légende puis plus tard son mythe et de là aussi sa popularité encore aujourd'hui (Henri IV est un roi de proximité dans la conscience collective).
A destination des Grands du royaume et du peuple, Henri IV commande des portraits : tête nue, revêtu le plus souvent de son armure, mi-corps ou en buste, le roi donne l'image d'un souverain bien portant (au contraire des Valois), une image rassurante. Qu'importe que les graveurs soient priés de rajeunir quelque peu le roi ou tout du moins de rehausser les joues de celui qui par manque d'hygiène est édenté ! Ceci étant,  cela permettra après sa mort de mettre en scène Sully, ce bon vieux ministre, obligatoirement son aîné pour être sage conseiller, mais en réalité son cadet !
Avec les moyens de l'époque, Henri IV en remontrerait à bien de nos politiciens modernes sur l'art de communiquer ! Et finalement, sa destinée tragique va brouiller à jamais les cartes. Critiqué la veille, il est adulé dès le lendemain de son assassinat. Le jeune Louis XIII n'est qu'un enfant, s'ouvre donc une période de régence au moment où  le roi s'apprêtait à reprendre les armes. Ah, c'était le bon temps... tout le monde a l'impression d'avoir rencontré ce roi un jour… ce souverain à qui l'image gravée a donné une réalité et donc une identité.
Après sa mort , les graveurs n'ont pas que l'embarras du choix de modèles pour décliner à loisir des scènes de la vie de ce premier de lignée, ajoutant à chaque fois un peu de bonhomie au personnage, mettant en scène des anecdotes réelles ou supposées. "Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le verrez toujours au chemin de l'honneur et de la gloire" aurait dit Henri IV à la bataille d'Ivry. Merci, Monsieur Voltaire de ces vers qui ont tant fait pour la popularité de notre roi béarnais. Siècle après siècle, l'image d'Henri IV est ainsi colportée, revivifiée au besoin, selon les circonstances.
Le souverain traverse les époques avec un petit air goguenard qui en fait un personnage aimé des Français et identifiable par eux au premier coup d'oeil. Le roi de la poule au pot, le vert galant, autant d'images sympathiques du gouvernant que des publicitaires ont fait monter (en costume d'époque !) dans un avion ou une voiture, sans que cela choque quiconque. Essayez de faire cela avec un autre roi de France ou avec Napoléon !

Danièle Thomas

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